Annie Malone, née Annie Turnbo en 1869 à Minneapolis, aux Etats-Unis, est la dixième des onze enfants d'Isabella et Robert Turnbo. Ses parents étaient d'anciens esclaves, et son père rejoignit l'Union pendant la Guerre de Sécession. Orpheline très jeune, Annie est élevée par sa soeur aînée. D’une santé fragile, elle ne terminera pas ses études secondaires et n'obtiendra pas son diplôme. Elle se découvre toutefois une passion pour la chimie.
Comme beaucoup de femmes noires dans l’Amérique d’alors, Annie est conditionnée dès l’enfance à se focaliser sur son apparence, afin de la modeler sur celle de ses compatriotes blanches. Ainsi, Annie, ses soeurs et une grande partie des femmes noires américaines, s’intéressent depuis leur jeunesse aux produits cosmétiques destinés à lisser leurs cheveux crépus, en utilisant des produits comme la graisse d’oie, le savon ou d’autres types d’huiles, qui endommageaient les cheveux.
Bien qu'elle n'ait pas terminé ses études, Annie exerce le métier de coiffeuse avec sa soeur aînée, avant de se convertir en "médecin de beauté". À 20 ans, son don pour la chimie lui permet de mettre au point le "Wonderful Hair Grower", un shampooing/soin du cuir chevelu qui aide à faire pousser et lisser les cheveux. Elle commence à le vendre en porte à porte et fait des discours ainsi que des démonstrations pour le faire connaître. Annie élabore ensuite toute une gamme de produits de soin et de beauté des cheveux, spécifiquement conçus pour les chevelures des femmes afro-américaines. En 1902, elle profite du plein essor économique de la ville de Saint-Louis pour y déménager son entreprise. Elle recrute quelques employées et continue à faire du porte à porte. C'est à Saint-Louis qu'elle rencontre et épouse son premier mari, Monsieur Pope, dont elle divorce rapidement.
L’une des vendeuses recrutées et formées par Annie Malone est Sarah Breedlove, alias Madam C.J. Walker. Peu après avoir quitté le réseau d’Annie Malone, Madam C.J. Walker crée sa propre société, la Madam C.J Walker Manufacturing Company, qui rencontre rapidement le succès. L’un de ses produits, le "Wonderful Hair Straightener", attire l’attention d’Annie Malone qui le dénonce comme le résultat d’un plagiat de son propre "Wonderful Hair Grower". Suite à l’incident, Annie Malone crée alors Poro, sa propre marque.
L'exposition Universelle de 1904, à Saint-Louis, marque un tournant dans la carrière d'Annie. Elle rencontre un énorme succès dans la vente de ses produits de beauté. Elle décide alors de viser le marché national dans son ensemble. Elle fait de la publicité dans les journaux et voyage dans les états du sud pour y promouvoir ses produits auprès de la communauté noire. Elle recrute des femmes qui deviennent ses représentantes et vendeuses dans tout le pays et qui, à leur tour, recrutent d'autres femmes pour participer à l'expansion de l'entreprise et créer un vaste réseau de commerciales. En 1910, la société Turnbo Poro est ainsi connue à l'échelle nationale.
Annie fonde à Saint-Louis la première école au monde de formation de produits cosmétiques. Elle épouse en 1914 le directeur de l'école, Aaron Eugene Malone, ancien enseignant et vendeur de la Bible à Saint-Louis. Le jeune couple offre aux femmes afro-américaines un moyen de s'améliorer à plusieurs niveaux et une chance d'obtenir leur indépendance économique. Ils contribuent également à populariser les écoles de cosmétologie.
En 1918, le succès de Poro permet à Annie et Aaron de construire un complexe d'usines et d'écoles de beauté dans le quartier noir et historique de la Ville, à Saint-Louis. Le Collège Poro dispose d'infrastructures communes aux campus universitaires de l'époque. En 1926, le College Poro employait 175 personnes et possédait des points de vente franchisés en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique et aux Philippines. L'empire Poro employait alors environ 75000 femmes à travers le monde.
Annie Malone a toujours considéré que si les femmes afro-américaines amélioraient leur apparence, elles seraient mieux prises au sérieux et se feraient d'avantage respecter. Annie souhaite ainsi que les élèves de ses écoles soient indépendantes et gagnent un salaire suffisant pour leur permettre de vivre une vie décente.
Dans les années 20, Annie Malone était l'une des femmes noires les plus riches du pays. Habile entrepreneure, elle est devenue une chef de file dans le secteur de la cosmétique, mais également une militante active au sein de la communauté noire de Saint-Louis. Généreuse et philantrope, elle soutient de nombreuses associations caritatives, ses employés et sa famille, des orphelinats ...